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ARNAUD CLAASS

Extraits

Objet : du latin scolastique objectum, de objicere, jeter devant. Une chose devient un « objet » au moment où on la place au devant de soi, pour la faire exister en relation avec le regard. C'est déjà un « fait ».

En photographiant les choses qui nous saisissent, nous sommes assignés à résidence par elles. Nous ne les dramatisons pas, ce sont elles qui nous dramatisent en levant le voile sur l'organisation de nos consciences. Les choses nous font apparaître dans notre décentrement. Elles n'ont pas de pathos : elles meuvent notre disposition à ce qui est déjà là, au-dedans de nous, bien au-delà de tout projet explicite d'empathie. Derrière la chose indifférente ne se cache rien, hormis la matière bien concrète dont elle est faite. C'est bien la part la plus poignante du mystère : « C'est le mystère qui est si terriblement concret » (George Steiner).

Photographier quelque chose, c'est apporter une réponse à une question qu'on ignore.

La photographie n'est pas seulement, comme le disait Brassaï, « fille de la science et des beaux-arts ». Elle se situe sur la ligne de fracture qui les sépare, et même dans la ligne de refente. Mieux : elle partage avec la science ce qu'il y a de non scientifique en elle, avec l'art ce qu'il y a de non artistique en lui.

« Étonnement » vient de « tonnerre ».

Lorsqu'une photographie argentique est numérisée puis vue en projection vidéo, elle me fait l'impression d'une image activée. Elle « dure » sur l'écran. Elle m'impose doucement sa durée luminescente comme un courant d'exhibition continue. Elle se montre en émettant les lueurs de son retrait digital……. En la codant, le scanner l'a désincarnée, expédiée dans une région où elle existe à l'état génétique. Pourtant, sur son écran, elle ne provoque pas en moi la nostalgie de son état analogique. Je dirais plutôt qu'elle a trouvé là un état intermédiaire de stase précaire, comparable à celle d'une idée ou d'une perception à la fois incertaines et suffisamment précises pour fixer l'attention……. L'image vidéo-projetée est là devant moi, elle n'a pas la permanence révocable à tout instant du tirage sur table ou au mur… mais la durée, qui m'échappe, d'une aimable indifférence….. Charme d'un délicat délire technologique, capable de produire, grâce aux mégalopoles lilliputiennes de ses microcircuits, cette chose si simple qu'est une image sur un écran. Étrange attrait de ce contraste si peu spectaculaire, si peu remarquable en somme, entre la complexité des moyens et la simplicité de la fin.

La photographie est le verbe irrégulier de la grammaire de l'art.

Un étudiant photographie actuellement dans un lieu qui l'attire par une qualité de « mystère ». Lorsque je lui demande si ses images ont réussi ou non à transmettre ce sentiment, et si elles ne risquent pas d'être un peu facile, il répond : « Le mystère ? J'ai réussi parce que je l'ai trouvé, j'ai échoué parce que je ne l'ai pas quitté ».

Parfois, devant le triomphe pantagruélique du virtuel, certains semblent éprouver la sensation d'un réel qui deviendrait maigre à faire peur. ...

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L'Image décentrée

Inspirées par un amour intense de la photographie,

Le réel de la photographie, 2012

Je n'imagine pas d'autre incitation à photographie

conférence International Center of Photography, 2009

Pour moi, la saisie photographique est, dans tous

Semaine N°42, mars 2005, à l'occasion de l'exposition Mémoire vive, CPIF et Musées de Sens, 2000

L ‘image photographique non comme réponse, ni même

Photographies 1968-1995, Actes Sud, 1996

…Les images les plus puissantes nous semblent touj

conférence Le Retournement photographique, 20e Forum Le Monde-Le Mans, D'où venons-nous ? Retours sur l'origine, 14-16 novembre 2008, 2000