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ARNAUD CLAASS

Extraits

Pour moi, la saisie photographique est, dans tous les sens du terme, un acte de distraction. La qualité requise ne relève nullement d'une concentration (cet effort pour rassembler des facultés perceptives). Il s'agit plutôt d'un état de rêve éveillé. Être distrait, c'est « être attentif autrement ».
J'aime photographier des choses qui ne présentent rien de bien particulier. Elles donnent la possibilité de faire des images devant lesquelles le spectateur trouvera une stimulation de ses propres capacités à voir.
Je suis persuadé qu'on ne photographie que pour une raison essentielle : organiser le chaos des sensations et des pensées perpétuellement fuyantes, davantage que pour « voir » au sens instrumental du terme. Dans les images, le réel n'est pas nié mais déplacé. Il semble se donner pour ce qu'il est et c'est bien ce qui fait d'elles des illusions. Sans doute même ne photographie-t-on, en ce sens, que pour « ne pas voir », quelles que soient les motivations avancées.
À mon avis, les autres raisons socialement invoquées pour la pratique de la photographie relèvent du discours de justification. Qu'elles prônent le documentaire strict, le style documentaire comme art et ses dérivés, le reportage, l'art tout court, l'autobiographie, voire les conduites domestiques, elles ne peuvent méconnaître qu'on ne fait jamais exactement ce que l'on croit faire. C'est précisément ce déphasage, devenu conscient, si ténu soit-il, entre une intention et une réalisation qui est l'un des signes de l'art.
Cette pratique est pour moi une sorte de régulateur. En elle, j'ai la sensation très vive de maintenir, dans des phases de grandes turbulences émotionnelles comme dans d'autres plus équanimes, une « rigueur évasive ».
Je pense que les nouveaux médias, loin d'amoindrir la photographie, continuent de l'alléger, de lui ouvrir d'autres champs d'expérience plus subtils. Selon moi, sa plus grande force poétique réside dans une façon de jouer avec l'idée de l'image comme attestation du réel – pouvoir de vérité qu'elle n'a en fait jamais eu, dont elle n'est plus dupe, mais qui lui ménage, grâce à son inépuisable force de persuasion, des espaces de curiosité micrologique, désencombrés de la fièvre d'avoir un « style ». C'est comme si l'affirmation du concret était si assertive qu'elle en deviendrait une étrange forme d'abstraction.

Pourtant je ne partage pas le mépris de certains artistes pour le reportage, ni ne mets en doute sa nécessité. Certains reporters actuels posent d'abord la question de la crédulité. Quant aux meilleures œuvres post-documentaires, elles traitent justement de l'invisibilité des faits sous l'hystérie de l'information, elles se situent donc à un niveau d'expérience différent du même phénomène.......

Semaine N°42, mars 2005, à l'occasion de l'exposition Mémoire vive, CPIF et Musées de Sens

Inspirées par un amour intense de la photographie,

Le réel de la photographie, 2012

Je n'imagine pas d'autre incitation à photographie

conférence International Center of Photography, 2009

Pour moi, la saisie photographique est, dans tous

Semaine N°42, mars 2005, à l'occasion de l'exposition Mémoire vive, CPIF et Musées de Sens, 2000

L ‘image photographique non comme réponse, ni même

Photographies 1968-1995, Actes Sud, 1996

…Les images les plus puissantes nous semblent touj

conférence Le Retournement photographique, 20e Forum Le Monde-Le Mans, D'où venons-nous ? Retours sur l'origine, 14-16 novembre 2008, 2000